Mis à jour le 12 novembre 2018

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Introduction

En réaction à l’annonce de la fermeture de la prestigieuse école de musique du Collège Villa Maria et dans une lettre intitulée « La musique a-t-elle un avenir au Québec ? », plus d’une centaine de personnalités, dont le chef Yannick Nézet-Séguin, Natalie Choquette, Michel Rivard, Luc de Larochelière, Michel Côté et Oliver Jones, s’indignait de cette décision inacceptable et rappelait qu’elle posait à la société québécoise des questions plus fondamentales. Il y était notamment affirmé : « À l’heure où l’on découvre les vertus pédagogiques de la musique, fermer les programmes dans nos écoles est un geste absurde qui nous fragilise et nous appauvrit comme collectivité. […] Le cas de Villa Maria n’est pas unique, et confirme sur la durée l’érosion lente et dramatique des formations musicales au Québec.

 

Par contraste avec cette érosion, il est permis de constater que plusieurs pays et nations ont décidé de valoriser la musique en rendant l’éducation musicale obligatoire et en favorisant la pratique musicale. Pendant l’actuelle décennie, en 2011 le Brésil a décidé de rendre l’enseignement de la musique obligatoire tant au cycle du primaire ainsi qu’à celui du secondaire. Lors d’un référendum tenu à la suite d’une initiative populaire en 2012, les Suisses ont approuvé dans une proportion de 72,7% l’inscription dans leur Constitution un article stipulant que la Confédération et les cantons « encouragent la formation musicale, en particulier des enfants et des jeunes », « s’engagent à promouvoir à l’école un enseignement musical de qualité » et fixent ensemble « les principes applicables à l’accès des jeunes à  la pratique musicale et à l’encouragement des talents musicaux ». En 2016, la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté un Pacte pour un enseignement d’excellence dans lequel il est prévu que  « [l]es socles de compétences initiales accordent la priorité au développement psychomoteur, intellectuel, social, affectif et artistique de l'enfant [,] définissent les habilités et/ou apprentissages requis en matière de développement de l'autonomie, de la créativité et de la pensée ; de maitrise de la langue ; d'une approche de la lecture, du calcul et de différentes disciplines artistiques dont la musique [et] fixent le cadre des activités physiques et culturelles à développer ».

 

Partageant les vues de ces personnalités et à la lumière des développements à l’échelle mondiale, NOUS, soussignés et soussignées, avons décidé de passer résolument à l’action et avons institué le Collectif pour une éducation et une pratique musicale continues au Québec (MUSI.QC). Notre initiative s’inscrit dans la lignée des efforts consentis par la Fédération des associations de musiciens éducateurs du Québec (FAMEQ) qui mène depuis plusieurs années une campagne pour assurer l’apprentissage de la musique dans nos écoles. Nous notons qu’une pétition signée par plus de 6000 citoyens et citoyennes a été déposée à l’Assemblée nationale du Québec en mai 2015, dans laquelle il est demandé que tous les enfants du Québec suivent obligatoirement, lors du cycle primaire et à chaque année scolaire, un minimum de 100 heures de cours de musique données par un spécialiste de la discipline. Notre démarche s’inspire d’autres initiatives analogues, comme celles de la Coalition pour l’éducation musicale au Canada (https://musicmakesus.ca/fr/), de Résodys en France (http://www.resodys.org/Apprendre-la-musique-aux-enfants,585) et du Performative Music Education Network (Espagne, Allemagne, Autriche, Slovaquie, Pologne et Portugal) (http://internacional.ugr.es/pages/asocredes/redestematicas?lang=en).

Nous constatons par ailleurs que plusieurs mémoires recommandant le retour à une éducation musicale obligatoire à l’école ont été présentés dans le cadre des consultations sur une nouvelle politique culturelle menées en 2016 et 2017. Nous déplorons que la nouvelle Politique culturelle du Québec (« Partout la culture ») rendue publique en juin 2018 ainsi que et le Plan d’action gouvernemental qui l’accompagne ne comportent aucune mesure spécifique et concrète concernant l’éducation et la pratique musicales

 

Le temps est venu d’ouvrir un grand débat public sur l’enseignement et la pratique de la musique au Québec et de lancer une grande initiative pour promouvoir non seulement une éducation musicale, mais également une pratique musicale en continu. Depuis toujours, et comme en a fait foi l’adoption en 1911 de la Loi pour favoriser le développement de l’art musical et en 1942 de la Loi instituant le Conservatoire de musique et d’art dramatique de la province de Québec, la musique, tous genres confondus, a occupé  une place de choix dans notre vie nationale et il importe de poser les gestes qui permettront à tous et toutes de jouir des bénéfices liées à son apprentissage et à sa pratique.

 

Nous sollicitons par la présente l’appui des citoyens et citoyennes ainsi que des organisations de la société civile, et en particulier du milieu de la musique, à notre démarche visant à ce que soient adoptées des mesures spécifiques, concrètes et durables pour une éducation et une pratique musicale continues dans la société québécoise.

 

Pour démontrer l’importance d’adopter des mesures en faveur d’une éducation et d’une pratique musicale continues, nous présenterons d’abord la musique dans son rapport avec la santé, décrirons les bénéfices de l’éducation et de la pratique musicales et décrirons ensuite l’état de l’éducation musicale et de la pratique musicale. Nous intéresserons ensuite à l’intégration des personnes immigrantes par la musique..