Mis à jour le 12 novembre 2018

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L’intégration des personnes immigrantes par la musique

Le Québec est confronté plus que jamais à l’enjeu de l’intégration des  personnes immigrantes. L’intégration est non seulement un enjeu, mais un défi, d’autant plus difficile à relever pour une société d’accueil pour le Québec, mais pour toute société en définitive, en raison du défi qu’une telle intégration représente pour la personne immigrante elle-même ;

 

S’intégrer culturellement c’est, paradoxalement, apprendre à devenir un autre tout en restant soi-même. L’immigrant vit une situation caractérisée par la relation dialectique existant entre son identité culturelle et l’altérité proposée. C’est pour lui un des principaux défis à surmonter; car l’altérité, ce n’est pas seulement la mise en relation avec un autre qui fait figure d’étranger, c’est également la confrontation à une culture différente, quelquefois très éloignée de la culture d’origine du nouvel arrivant. Les personnes immigrantes doivent sans cesse ajuster et réajuster leurs propres valeurs et leurs perceptions avec celles de la société d’accueil, d’où la naissance d’un stress relatif à leur capacité à s’intégrer dans un environnement étranger. Parallèlement, l’incertitude quant à la reconnaissance et à la valorisation de sa personne et de sa propre culture peut infliger au nouvel arrivant une blessure profonde qui modifie son sentiment d’identité. Les tensions qui s’établissent entre l’identité des immigrants et l’altérité à laquelle ils sont confrontés peuvent engendrer une crise identitaire conséquente au choc culturel vécu (Leyssieux. 2012, notes omises)

 

Cet enjeu et ses défis prennent une dimension plus significative lorsque la société d’accueil ouvre ses portes à un nombre élevé de personnes immigrantes. Selon les statistiques plus récentes statistiques par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, 496 490 personnes immigrantes ont été admises au Québec de 2006 à 2015. Durant l’année 2015, le Québec a accueilli 49 024 personnes immigrantes. Les pays d'origine de ces personnes qui comptent plus de 1000 personnes sont la France (4524), la Chine (3644), l’Iran (3556), la Syrie (2870), l’Algérie (2706), le Maroc (2470), Haïti (2307), le Cameroun (1711), les Philippines (1561), la Côte-d’Ivoire (1351), le Liban (1211), l’Égypte (1210), la Colombie (1190) et la Tunisie (1109). Parmi les personnes immigrantes, 19 % ont pour langue maternelle le français, 3 % l'anglais et 78% une autre langue.

 

Parmi les fonctions attribuées au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion par sa loi constitutive, l’on retrouve notamment celle de favoriser l’intégration linguistique, sociale et économique des immigrants à la société québécoise. À l’égard des communautés culturelles, ses fonctions consistent plus particulièrement à soutenir celles-ci pour favoriser leur pleine participation à la société québécoise, à encourager l’ouverture de la société au pluralisme et à faciliter le rapprochement interculturel entre les Québécois. La Loi sur l’immigration au Québec (R.L.R.Q.. c. I-0.2) confie au ministre le soin d’établir et maintenir, pour les personnes qui s’établissent au Québec, un programme d’intégration afin de favoriser leur initiation à la vie québécoise. En vertu de ce programme, il doit dispenser et assumer la mise en oeuvre des services d’intégration linguistique consistant en des services d’apprentissage de la langue française et d’initiation à la vie québécoise.

Le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion a institué divers programmes afin de soutenir et d’orienter l’action de ses partenaires dans l’accueil et l’intégration des personnes immigrantes. Un examen de ces programmes, et en particulier le Programme Mobilisation-Diversité et Réussir l’intégration, révèle qu’aucune place n’est faite à l’intégration par la musique. Pourtant, comme cela a été suggéré, « quelques études démontrent que les nouveaux arrivants qui sont moins axés sur leur culture d’origine sont plus susceptibles d’utiliser le sport et le loisir comme moyens d’intégration. Cependant, ces mêmes recherches précisent que la consultation des médias, la consommation de biens culturels du pays d’accueil (musique et littérature notamment) et la maîtrise de la langue locale sont trois autres facteurs importants à prendre en compte dans l’analyse aux niveaux individuel et familial » (Roult, R. et al. 2017).

Étant une activité universellement référencée que l'on retrouve dans l'ensemble des cultures du monde, la musique est un facteur d'intégration socio-culturelle important, que ce soit dans la société d'origine ou, dans le cadre du Québec, de la société d'accueil. L'importance de la musique pour les nouveaux arrivants au Québec se situe à plusieurs niveaux, dans une société d'accueil qui intègre et valorise l'interculturalité et érige l’interculturalisme comme modèle pour  favoriser l’insertion économique sociale et culturelle des personnes immigrantes.

Ainsi, l’inscription à des activités musicales en lien avec le pays ou le continent d'origine permet d'éviter l'isolement et d'établir un réseau d'entraide à partir de codes culturels familiers. Une offre d’activités musicales ne doit toutefois engendrer un repli identitaire et son développement au sein d’organismes regroupant différentes cultures du monde et proposant des rencontres interculturelles est sans doute une formule à envisager. Stimuler des situations conviviales dans lesquelles ces différences sont partagées représente non seulement un signal d'intégration pour les personnes immigrantes, mais également un enrichissement de la société d'accueil.

 

L'intégration à la société d'accueil par une pratique musicale permet par ailleurs de mieux saisir la culture locale en se liant à un groupe tout en développant un sentiment d'appartenance interculturelle. De ce point de vue, la musique est un véhicule puissant pour transmettre la langue, les valeurs, l'histoire et les origines ainsiq que les enjeux d'actualité de la société d'accueil.

 

 La diversité est également une donnée importante de la réalité québécoise et de son identité, diversement comprise et évaluée par les personnes immigrantes. Or, les enfants sont les plus aptes à saisir la richesse de cette diversité quand ils sont intégrés  à des chants, des jeux, des danses et autres activités interactives de groupe. La musique agit ainsi à la fois comme ferment interculturel et ancrage dans la société d'accueil.

 

RECOMMANDATION 6

 

À la lumière des études et recherches scientifiques démontrant que les personnes immigrantes sont susceptibles d’utiliser la musique comme moyen d’intégration, il est recommandé que le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion :

 

a) inclue un volet musical dans ses programmes dans l’accueil et l’intégration des personnes immigrantes;

b) soutienne, y compris financièrement, les organismes qui, comme le Centre des musiciens du monde, donnent accès à la musique aux personnes immigrantes au Québec, regroupent différentes cultures du monde et proposent des rencontres interculturelles.