Mis à jour le 12 novembre 2018

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L'état de la pratique musicale au Québec

Il ne suffit pas que la musique soit enseignée à l’école, elle doit occuper un espace constant dans la vie de tous et toutes.  L’histoire nous apprend toute l’importance qu’ont eue les mouvements musicaux amateurs : chœurs et orphéons ont façonné la pratique musicale en Angleterre et en France depuis le milieu du XIXe siècle. La pratique musicale a été et est encore le pain quotidien d’une multitude de citoyens et citoyennes des pays germaniques. En Amérique du Sud, à la fin des années 1970 est né le mouvement musical El Sistema qui, en considérant l’orchestre comme une sorte de société en concentré, a pour but de sortir les jeunes de leur isolement ou des griffes de la délinquance au profit d’une sensibilisation au travail commun, du désir de dépassement et du développement d’une confiance en soi nécessaire à l’épanouissement de la jeunesse.

Si la musique possède indubitables des qualités de bienfait individuel à plus d’un niveau, elle possède aussi des qualités sociales considérables. Le musicien amateur est loin d’être aussi marginal qu’on pourrait le considérer et comme le rappelle Antoine Hennion, « à condition d’en revoir quelque peu la définition, l’amateur peut facilement être rapatrié au centre du monde de la musique. Loin d’être le cousin de province un peu ridicule qui s’obstine à souffler dans son tuba, il est tout aussi moderne que le milieu musical dominé par les professionnels, la technique et le marché : il suffit de voir qu’il a changé avec lui, et de le définir comme l’usager de la musique, pour comprendre qu’inversement ni le milieu professionnel, ni la technique, ni le marché n’ont de sens sans lui. » (Hennion, 1996, § 6).

Au Québec, la Fédération des harmonies et des orchestres symphoniques du Québec (http://fhosq.org) réunit plus de 10 000 jeunes, soit près de 350 formations musicales. Ces chiffres témoignent de l’intérêt pour la musique au sein de la population québécoise, tout particulièrement lorsqu’il s’agit des jeunes. Mais cette structure associative n’est que la pointe de l’iceberg, car des données de l’Observatoire de la culture montrent qu’il y a dix ans (en 2009) 22%, de femmes et 30% d’hommes jouaient un instrument de musique en amateur. En 2014, la proportion de Québécois et Québécoise qui déclarent jouer d’un instrument de musique est évaluée 18% et ceux et celles qui chantent représentent 14% de la population du Québec. Cela représente donc des centaines de milliers de citoyens et citoyennes du Québec qui ont une pratique musicale.

Les mêmes données nous révèlent aussi que si ce sont les jeunes qui dominent le monde des musiciens amateurs, la proportion diminue progressivement avec l’âge. S’il est logique que l’arrivée dans la vie « active » et l’essor de la famille ne permettent plus de consacrer autant de temps à un loisir comme la musique, il faut se questionner sur le fait que cette pratique musicale ne cesse de décroître et tout particulièrement pour les plus de 55 ans. En 2014, alors que les 15-24 ans sont 32% (ils étaient 47% en 2009) à pratiquer la musique en amateurs, les 35-44 ans ne sont que 21%, alors que les 55-64 ans et les 65 ans et + ne représentent plus, pour chaque tranche d’âge, que 11%.

Que se passe-t-il ? La pratique de la musique est tributaire de nombreux paramètres. L’apprentissage d’un instrument peut être long et on oublie peut-être plus vite qu’on ne le voudrait l’usage du violon, du piano ou de la flûte. La pratique musicale des jeunes, plus intense, est fortement induite par le souhait des parents et elle représente un élément fort de la constitution identitaire des jeunes. En 1996, Antoine Hennion remarque ainsi : « Une caractéristique forte de la pratique amateure est d’être une activité très liée à l’âge : il y a trois fois plus d’amateurs actifs entre 15 et 19 ans que chez les plus de 35 ans (21 % contre 8 %). Le caractère mimétique de la pratique musicale se retrouve d’ailleurs dans le deuxième temps fort de l’accès à la musique, après celui de l’enfance, sous la pression bienveillante mais ferme des parents : l’adolescence, mais il y joue à l’inverse, à travers l’opposition collective aux adultes, sur des instruments liés au rock (guitare et percussion), surtout pratiqués hors des institutions. » (Hennion, 1996, § 10).

Mais compte tenu de l’importance de la musique pour le développement de l’être, de son apport inestimable lorsqu’il s’agit de créer du lien social et prenant pour acquis que la société québécoise est une société « musicale » où la musique est omniprésente (98% des Québécois écoutent de la musique tous les jours…), il apparaît essentiel que la pratique musicale amateur soit considérée comme un moteur culturel et social fondamental et que, par conséquent, elle puisse être nettement plus présente pour toutes les générations. C’est d’autant plus important que la musique est certainement l’une des passerelles intergénérationnelles et interculturelles les plus efficaces en matière de communication et de partage des valeurs.

Le milieu musical professionnel s’intéresse évidemment aux amateurs de musique. Car c’est dans leurs rangs qu’il espère recruter une partie de ses publics. Cette idée n’est pas fausse, mais comme le laissent entendre les enquêtes sur les pratiques culturelles tant en France qu’au Québec, un musicien amateur n’est pas forcément un mélomane qui fréquente le concert professionnel et il est souvent solitaire (Maizieres, Vilatte et Dupuis, 2016, p. 3).

Ces caractéristiques ne sont pas sans lien avec le peu de structures mises en place pour renforcer la pratique musicale amateur, notamment collective. Outre les coûts que peut engendrer l’apprentissage d’un instrument, il faut prendre en compte l’absence très régulière d’infrastructures municipales pour la pratique des arts et de la musique en particulier (programmes, ressources humaines, locaux, budget…).

 

Ainsi, la pratique musicale en continu mérite d’être soutenue de façon nouvelle et est susceptible de devenir ainsi un grand projet socio-culturel pour le Québec du XXIe siècle.

 

RECOMMANDATION 5

 

Tenant compte de l’état actuel de la pratique musicale au Québec, il est recommandé de prendre les mesures spécifiques, concrètes et durables en faveur de la pratique musicale, et notamment :

 

a) d’intégrer la pratique musicale dans les rouages du milieu culturel et dans les différences couches de la société, de manière plus homogène en favorisant une constance plus grande de la pratique musicale amateur ;

b) de soutenir, y compris financièrement, les initiatives, et en particulier celles des municipalités locales et régionales, disposées à mettre en place des programmes d’éducation musicale et de pratique musicale pour les adultes et à créer des ensembles chorals et instrumentaux accessibles à l’ensemble de la population.